Ne pleure pas, Argentique !
Toute cette année, nous avons subit une rengaine presque permanente sur ta chute, nous pouvions lire en gros titres sur les journaux « La pellicule au bout du rouleau », « Agfa, hécatombe chez les pionniers de la photo », « Kodak ! Nouvelle vague… de licenciement », « Leica, la fin d’une époque ».
Ne pleure pas, Argentique !
Les reporters pour la plupart doublent leurs photos dans ton procédé pour être sûrs de leur avenir.
Ne pleure pas, Argentique !
Ilford après le dépôt de bilan est racheté par un fabricant de papier japonais où nous retrouvons maintenant nos consommables avec une augmentation de 20%.
Ne pleure pas, Argentique !
Dans nos grands films on représente toujours le laboratoire comme décor, lorsqu’il s’agit de mettre en scène un photographe. Pour ma mémoire, je n’oublierai jamais « Seule dans la nuit » de Terence Young où Audrey Hepburn, aveugle, lutte, d’égal à égal, avec un brigand dans le laboratoire de son mari photographe, et lui jette au visage le contenu d'un vase de fleurs rempli du bidon pur d'hyposulfite qu'elle avait auparavant transvasé. Enfin ne pleure pas, Argentique !
Au sein du salon de la photographie, salle Olympe de Gouges, et je ne peux malheureusement citer tous mes amis photographes, nous découvrirons les beaux virages à l’or de Daniel Bouzard, les sous-bois d’Anne de Guerdavid, le Pérou si beau mais aussi si pauvre de Fausto Marci, le Congo d’Anne Fortier, qui en noir et blanc rappelle une certaine bande dessinée, la découverte des cabanes du Havre de Suzie Danielczak, le Cambodge de notre ami Sam Sisombat, la montagne de Bruno Comelet et les ouistitis espiègles de Stéphanie Prijac. Le 125 rue du Fbg du Temple de Leïla Bousnina, si joyeux, si positif mais si misérable accompagné de ses photos d’Alexandrie en Egypte, qui nous évoquent le testament de

Gustave Legray, qui meurt dans un hôtel obscure du Caire en 1884.
« J’émets le vœux que la photographie, au lieu de tomber dans le domaine de l’industrie, du commerce rentre dans celui de l’art ».

Non ne pleure plus, Argentique, car si nous sommes aujourd’hui au creux de la vague, ton avenir semble assuré.

Daniel Botti.